Véhicule autonome : pour une stratégie européenne du système de mobilité routière
La note du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan décrit dans son rapport publié en mai le véhicule autonome, non pas comme rupture technologique isolée, mais comme brique à intégrer dans un système de mobilité repensé.
La thèse centrale du rapport : c'est en organisant le véhicule autonome comme un transport collectif, avec une offre structurée et une logique de "Mobility as a Network", qu'il créera le maximum de valeur.
Les simulations le montrent : opéré en mode robotaxi, il coûte 31% de plus que le système actuel (avec un taux moyen d’occupation proche de 0,7 vs 1,4 en voiture particulière) ; opéré comme transport collectif, il réduit le parc de 75% et génère des économies nettes.
Trois leviers concrets mis en avant :
Structurer l'offre de mobilité dès maintenant, sans attendre la technologie : car express, covoiturage, transport à la demande en zones peu denses. Une approche "sans regret" qui répond au besoin immédiat et prépare le terrain pour les véhicules autonomes partagés. A assortir de politiques d'incitation concrètes : voies réservées, tarification du stationnement, fiscalité liée au taux de remplissage.
Rattraper sur la conduite autonome (ADS) en faisant émerger 2-3 champions européens, financés massivement en capital et en commande publique. Le rattrapage est possible et moins coûteux que pour les pionniers.
Prendre le leadership sur l'orchestration des flux : le "Mobility as a Network". L'Europe dispose d'atouts décisifs sur l'organisation des systèmes de mobilité complexes. C'est là que l'essentiel de la valeur se créera.
En conclusion : ce n'est pas un sujet d'innovation, mais un sujet de financement et de volonté politique. L'Europe a encore les cartes en main, à condition de se saisir du sujet avant que les acteurs américains et chinois ne définissent à sa place le système de mobilité de demain.