Italie - ouverture à la concurrence ferroviaire grande vitesse

Dans le cadre de nos travaux, nous avons analysé l'ouverture à la concurrence ferroviaire en Italie et son impact sur la distribution.

Voici les points clés qui en ressortent :

1) L’ouverture à la concurrence ferroviaire grande vitesse en Italie n'a tenu qu'à force d'interventions successives des autorités de régulation.

  • 𝗟𝗲 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗮𝗻𝘁 𝗻𝗲 𝘀𝘂𝗿𝘃𝗶𝘁 𝗽𝗮𝘀 : le cadre légal existe dès 2007, par transposition anticipée du 3e paquet européen. Mais Arenaways, sur Milan-Turin en 2010, se voit interdire les arrêts intermédiaires trois jours avant son démarrage, au nom de l'équilibre économique des services Trenitalia subventionnés, et fait faillite en 2011.

  • 𝗜𝘁𝗮𝗹𝗼 𝗱𝗲́𝗺𝗮𝗿𝗿𝗲 𝗲𝗻 𝟮𝟬𝟭𝟮, 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗳𝗶𝗹𝗲𝘁 : après cinq ans de blocages (sillons refusés, certification retardée, quai grillagé), Italo opère pendant 18 mois sans régulateur sectoriel ex-ante : l'ART est créée fin 2013.

  • 𝗟𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗼𝗿𝗶𝘁𝗲́𝘀 𝗿𝗮𝘁𝘁𝗿𝗮𝗽𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝗺𝗮𝗿𝗰𝗵𝗲́ : l'AGCM condamne Trenitalia/RFI pour exclusion délibérée d’Arenaways dès 2012, puis lève les obstacles à NTV/Italo en 2014. L'ART réduit les péages de 13,4 à 8,2 €/train-km en 2015, permettant à Italo d’être rentable. En mars 2026, l’AGCM contraint RFI à attribuer 18 sillons à SNCF Voyages Italia, dont l'entrée est prévue en septembre 2027.

  • 𝟭𝟯 𝗮𝗻𝘀 𝗮𝗽𝗿𝗲̀𝘀, 𝘁𝗼𝘂𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗱𝗲𝘂𝘅 𝗼𝗽𝗲́𝗿𝗮𝘁𝗲𝘂𝗿𝘀, bientôt trois avec l’arrivée de SNCF.

L’Italie offre une leçon utile aux marchés qui viennent de s’ouvrir : 𝗹'𝗼𝗽𝗲𝗻 𝗮𝗰𝗰𝗲𝘀𝘀 𝗳𝗲𝗿𝗿𝗼𝘃𝗶𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗻𝗲 𝘀'𝗮𝘂𝘁𝗼𝗿𝗲́𝗴𝘂𝗹𝗲 𝗽𝗮𝘀, 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗿𝗼̂𝗹𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗼𝗿𝗶𝘁𝗲́𝘀 𝗱𝗲 𝗿𝗲́𝗴𝘂𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘅-𝗮𝗻𝘁𝗲 𝗲𝘁 𝗲𝘅-𝗽𝗼𝘀𝘁 𝗲𝘀𝘁 𝗰𝗹𝗲́ 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗳𝗮𝗰𝗶𝗹𝗶𝘁𝗲𝗿 𝗹’𝗮𝗿𝗿𝗶𝘃𝗲́𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂𝘅 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗮𝗻𝘁𝘀.

2) L'Italie, avec 13 ans de recul, a observé un choc concurrentiel sur les prix et l’offre, suivie d’une phase de stabilisation.

  • 𝗣𝗵𝗮𝘀𝗲 𝟭 (𝟮𝟬𝟭𝟮-𝟮𝟬𝟭𝟴) : 𝗹𝗲 𝗰𝗵𝗼𝗰 𝗰𝗼𝗻𝗰𝘂𝗿𝗿𝗲𝗻𝘁𝗶𝗲𝗹
    🔹-30% sur les prix dès l’arrivée d’Italo en 2012, -40% sur la période vs 2008
    🔹+45% de circulations quotidiennes sur l'axe Rome-Milan-Turin
    🔹La part modale du train sur Rome–Milan est passée de 36% à 68%, l'avion reculant de 51% à 26%
    🔹Trenitalia n'a pas perdu de passagers : +6,5% dès 2012. La concurrence a créé de la demande additionnelle (le gâteau s’agrandit), notamment en captant des voyageurs de l'avion

  • 𝗣𝗵𝗮𝘀𝗲 𝟮 (𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝟮𝟬𝟭𝟴) : 𝗹𝗮 𝘀𝘁𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝘂 𝗱𝘂𝗼𝗽𝗼𝗹𝗲
    🔹Depuis 2018, les prix se sont réajustés à la hausse malgré la croissance des volumes
    🔹Italo détient 26% du marché grande vitesse global, 35% sur les axes où il est présent
    🔹Valorisation Italo : 1,94 Md€ (2018) → 4,2 Md€ (2023)

  • 𝗘𝘁 𝗹𝗮 𝗱𝗶𝘀𝘁𝗿𝗶𝗯𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻 ?
    🔹Deux canaux directs indépendants : Trenitalia.com et Italo.it, et aucun ne vend les billets de l'autre
    🔹En 2023, l'AGCM a contraint Trenitalia à ouvrir ses données régionales à Italo pour les billets combinés : 1er cas européen d'interopérabilité billettique imposée par l'antitrust. En France et en Europe, des questions similaires se posent, avec l’enjeu plus large d’obliger les plateformes des opérateurs dominants à distribuer leurs concurrents sur la grande vitesse.
    🔹Contrairement à l'Espagne, où 8 distributeurs tiers sont actifs et où la Commission européenne a ouvert une procédure pour forcer l'accès aux données des opérateurs, il n’y a pas en Italie de débat structuré sur l'accès des distributeurs tiers. Trainline distribue les 2 opérateurs.

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